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Cérémonies de libération de Dompaire

13 Septembre 2026 10h30 - 📍 Ville-sur-Illon au Char Champagne

Dompaire, 82 ans après : cinq haltes sur la route de la 2e DB

Dimanche 13 Septembre 2026. Cinq communes des Vosges, cinq monuments, une matinée. Le circuit commémoratif du 82e anniversaire de la bataille de Dompaire a suivi cette année encore le tracé des combats de septembre 1944, de Ville-sur-Illon au monument Leclerc de Madonne-et-Lamerey. Gerbes, sonneries, minutes de silence : le protocole ne change pas. Ce qu'il porte non plus.


Ce qui s'est joué ici du 12 au 14 septembre 1944

Le 12 septembre au soir, les sous-groupements Massu et Minjonnet, éléments de tête du groupement tactique du colonel de Langlade, butent sur les blindés lourds de la 112e Panzerbrigade. Les Allemands arrivent d'Épinal et remontent vers Mirecourt. Ils ignorent la vitesse de la 2e DB.

La disproportion est brutale. Face à une centaine de chars allemands, des Panther et des Panzer IV neufs, la 2e DB aligne une quarantaine de blindés, essentiellement des Sherman et des chasseurs de chars M10. Les forces françaises se retrouvent face à une centaine de chars ennemis alors qu'elles ne disposent que d'environ 40 blindés.

Massu et Minjonnet n'attendent pas. À l'aube du 13, ils manœuvrent au lieu de s'aligner. Les Thunderbolt P-47 du 406e Fighter Bomber Group, guidés depuis le sol par le colonel Tower, interviennent à plusieurs reprises dans la journée. Le résultat est sans appel. Le groupe d'armées G parle dans son rapport quotidien du 13 septembre de pertes incroyablement élevées, et le ratio de chars perdus par jour est le plus lourd enregistré sur le front occidental. La 112e Panzerbrigade ne s'en relèvera pas : absorbée par la 12e Panzer Division, elle disparaît de l'ordre de bataille.

Le décompte varie selon les sources, et il faut le dire honnêtement. Le récit de Langlade retient cinquante-neuf chars perdus sur quatre-vingt-dix entre Damas, Dompaire et Ville-sur-Illon. D'autres bilans montent à 69 sur 90. Wikipédia retient un passage de 96 chars opérationnels à 21 véhicules blindés encore capables de combattre, avec 34 Panther et 26 Panzer IV reconnus perdus par le commandement allemand, plus de 350 morts et 1 000 blessés. Les ordres de grandeur concordent : la brigade est détruite en deux jours.

Côté français, le prix reste lourd pour une division de cette taille. Une quarantaine de tués, sept chars détruits, un chasseur-bombardier perdu. Trois civils sont morts à Dompaire.


Ville-sur-Illon : le char Champagne

Le circuit commence au sud, là où la bataille a failli basculer. Le 13 septembre, le groupe tactique de Langlade, dont le PC était installé depuis la veille à l'hospice Saint-Joseph, est pris à revers par d'importants éléments blindés ennemis. C'est en s'y opposant que le char Sherman Champagne du 12e régiment de chasseurs d'Afrique, commandé par l'aspirant Nouveau, est touché par deux obus qui l'incendient.

Le char est resté sur place. Il n'est pas une réplique, pas une maquette pédagogique : c'est le blindé lui-même, un M4A3 mis hors de combat ce jour-là, devenu mémorial au bord de la rue qui porte désormais son nom. Peu de communes de 500 habitants peuvent en dire autant.

La commune abrite aussi le carré militaire et l'obélisque du cimetière, la plaque du PC de Langlade sur le mur de la maison Saint-Joseph, et le Relais mémoire de la 2e DB et du général Leclerc, installé à la mairie.

Gelvécourt-et-Adompt : la stèle du capitaine de Courson

Deuxième arrêt, 9h30. La cérémonie du 82e anniversaire s'y est tenue devant le monument commémoratif du capitaine de Courson.

Une précision d'état civil s'impose, parce que l'orthographe flotte souvent dans les programmes : l'officier s'appelle Robert du Buisson de Courson. Né en 1912, il meurt le 12 septembre 1944 à Gelvécourt-et-Adompt, à 32 ans. Polytechnicien, officier d'artillerie. La stèle est érigée à l'endroit où il fut blessé le 12 septembre, avant d'être achevé par les Allemands. Il fut d'abord inhumé dans le carré militaire du cimetière communal de Ville-sur-Illon, puis transféré en septembre 2014.

Une stèle pour un seul homme, dans une commune de 107 habitants. La proportion dit quelque chose.

Bégnécourt : la borne de la 2e DB

Troisième halte. La borne appartient au chapelet des bornes du serment de Koufra qui jalonnent la Voie de la 2e DB, d'Utah Beach à Strasbourg. Chacune marque un point de passage de la division. Celle de Bégnécourt inscrit la commune dans l'itinéraire de septembre 1944, au même titre que les grandes villes libérées.

C'est le format le plus sobre du circuit, et sans doute le plus parlant : un bloc de pierre au bord d'une route, sans grandiloquence.

Dompaire : la borne de la 2e DB et la stèle du lieutenant Guigon

Le cœur du dispositif. Dompaire a donné son nom à la bataille, et la commune porte deux marqueurs : la borne de la Voie, et la stèle du lieutenant Guigon.

Roger Guigon commandait la 7e compagnie du 2e bataillon du régiment de marche du Tchad. Au matin du 13 septembre, sa section est accrochée à l'entrée de Dompaire, pendant la mise en place du dispositif, par des armes automatiques bien camouflées. Il est tué, ainsi que deux sous-officiers et quatre soldats, et l'on compte dix blessés. Le récit paroissial de l'époque est plus large encore : un officier très aimé de ses hommes, et huit hommes avec lui, qui eurent dans la paroisse de Dompaire des obsèques très solennelles.

Un détail mérite d'être noté, parce qu'il dit le soin porté à ces mémoires locales : le prénom de Guigon a longtemps été donné pour Robert. Un chercheur a fait rectifier l'erreur sur le livre d'or de la 2e DB, pièces d'état civil à l'appui. Il s'appelait Roger.

Madonne-et-Lamerey : le monument du général Leclerc

Le point d'orgue. Le monument a été inauguré le 14 mai 1950, avec des sculptures de René Andrei et sur des plans de l'architecte Lestienne. Le site réunit le monument dédié au général Leclerc, le char Corse et une borne de la Voie de la 2e DB. Trois plaques commémoratives y retracent le déroulement de la bataille.

Le monument n'appartient à personne en particulier, et c'est voulu. Il appartient aux neuf communes du champ de bataille, qui le prennent en charge au prorata de leur population : Les Ableuvenettes, Bégnécourt, Circourt, Damas-et-Bettegney, Dompaire, Gelvécourt-et-Adompt, Hennecourt, Madonne-et-Lamerey et Ville-sur-Illon. Neuf budgets communaux modestes, une charge partagée depuis soixante-seize ans. L'entretien de la mémoire a un coût, et quelqu'un le paie.


Qui fait tenir tout ça

L'Association pour le souvenir de la bataille de Dompaire coordonne les sites et les cérémonies. Elle recense la stèle Guigon, le char Champagne, le carré militaire et l'obélisque de Ville-sur-Illon, le Relais mémoire, la plaque du PC de Langlade, la stèle de Courson, la stèle de Damas-et-Bettegney et la plaque en mémoire de Robert Wasson à Bocquegney. Chaque commune garde la propriété et l'entretien de son monument.

Sur le terrain, la fanfare de Dompaire et Madonne-et-Lamerey accompagne le circuit d'une commune à l'autre, et l'association Militaria de Vincey présente régulièrement ses véhicules d'époque. Ce sont des bénévoles. Sans eux, il n'y aurait qu'une gerbe posée en silence et repartie aussitôt.

Cette année, l'anniversaire déborde largement les Vosges. La Colonne Leclerc 2026 organise un périple commémoratif sur les traces de la 2e DB pour le 82e anniversaire de la libération de l'Est, de Dompaire à Strasbourg, avec deux détachements reprenant chacun un itinéraire de septembre 1944, celui de Minjonnet par Ville-sur-Illon et Damas-et-Bettegney, celui de Massu en parallèle, et des temps de mémoire dans chaque commune traversée.


Pourquoi cinq arrêts et pas un seul

On pourrait tout regrouper au monument Leclerc. Ce serait plus simple, plus rapide, plus confortable un dimanche matin. Le circuit refuse ce raccourci, et la raison tient en une phrase : la bataille ne s'est pas déroulée à un endroit.

Elle s'est déroulée dans des champs, sur des routes départementales, à l'entrée d'un village, devant une ferme. Un capitaine est tombé à Gelvécourt, un lieutenant à Dompaire, un équipage de char à Ville-sur-Illon. Chaque stèle tient à un nom et à un lieu précis. Déplacer la cérémonie, ce serait déplacer le fait.

Il reste que ces cérémonies vieillissent. Les derniers témoins directs ont disparu, et les rangs devant les stèles se composent désormais d'élus, d'associations, de familles et de quelques curieux. La question n'est plus de se souvenir avec ceux qui y étaient. Elle est de transmettre à ceux qui n'y étaient pas.

Les enfants des écoles qui lisent les noms à voix haute font, ce jour-là, le travail le plus utile de la matinée.


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